Ce week-end, les manifestants font entendre leur colère dans les rues des Rabat, Casablanca et d’autres villes. Dans les cortèges, les visages sont jeunes et réclament une réforme de l’éducation, de la santé, la fin de la corruption et des emplois. Cette mobilisation est à l’initiative du collectif GenZ 212 (dont les fondateurs sont inconnus) su Discord. Le Maroc n’est pas un cas isolé, des mobilisations ont lieu du Nigéria au Sénégal en passant par l’Afrique du Sud et le Burkina Faso. Avec ces manifestations, c’est aussi toute une dynamique africaine qui se dessine : celle d’une jeunesse nombreuse, connectée et politisée qui réclame une place dans des sociétés dirigées par des élites vieillissantes. Comment une génération majoritaire dans la démographie peut-elle continuer à rester minoritaire dans les décisions politiques ? 

Une génération qui refuse le silence

La jeunesse africaine n’accepte plus d’être reléguée au rôle de spectatrice. Ces quinze dernières années, le continent a vu naitre une multitude de mouvements menés par les jeunes : 

  • En 2010, au Sénégal, des rappeurs et journalistes dénonçaient la corruption et l’immobilisme politique avec les “Y’en a marre”. 
  • En 2012, le “Balai Citoyen” naissait au Burkina Faso qui a joué un rôle immense dans la chute de Blaise Compaoré après 27 ans au pouvoir. 
  • En 2020, les #EndSARS qui regroupe des jeunes en ligne et dans la rue pour dénoncer les violences policières au Nigéria. Ce mouvement a été à l’initiative d’une vague de contestation sans précédent dans le pays.  

La force en nombre, la faiblesse au pouvoir

Jamais la jeunesse n’a représenté un poids aussi écrasant dans les sociétés africaines et jamais, elle n’a eu l’air si éloignée du pouvoir. Selon les chiffres de l’Union africaine, plus de 60% de la population du continent à moins de 25 ans. En 2025, l’Afrique sera le continent le plus jeune du monde, avec un âge médian d’environ 19 ans. 

Pourtant, l’âge moyen des chefs d’État africains dépasse les 60 ans. Les parlements et gouvernements restent dominés par des figures installées de longue date, souvent réticentes à laisser leur place. 

Ce décalage crée une fracture. Les jeunes africains vivent une réalité faite de chômage massif, d’accès limité à l’éducation de qualité et de précarité économique. Nombreux sont ceux qui migrent, faute de perspectives locales. Ceux qui restent développent un sentiment d’invisibilité politique. La rue devient alors l’espace dans lequel s’exprime la frustration. C’est là que l’on réclame ce qu’on ne peut pas obtenir par les urnes et les institutions. 

Ce qui se joue va au-delà d’un cycle de protestations. Nous sommes à un moment charnières pour le continent africain. 

L’histoire nous offre des comparaisons. En Europe, Mai 68 a marqué une rupture profonde : une jeunesse qui a imposé de nouvelles valeurs sociales et culturelles par ses mobilisations. Dans le monde arabe, les soulèvements de 2011 ont également commencé par une contestation portée par les jeunes. 

Aujourd’hui, les mobilisations marocaines, nigérianes ou sénégalaises ne sont pas seulement des cris de colère ponctuels, mais l’expression d’une volonté de transformation durable. Avec les réseaux sociaux comme outil de documentation, de coordination, mais aussi de visibilité internationale à des luttes locales. 

Défi à venir : passer des mobilisations à la transformation durable 

Mais est-ce que cette énergie protestataire peut se convertir en force politique durable ? 

Jusqu’ici, la plupart des mouvements de jeunes en Afrique ont brillé par leur capacité à mobiliser la rue, mais peinent à transformer l’essai dans les institutions. Au Sénégal ou au Burkina par exemple, les mouvements qui ont contribué à la chute de chefs d’États n’ont pas réussi a occupé l’espace institutionnel après. Le Maroc pourrait être confronté au même dilemme : comment passer de la contestation à la construction ? 

Certains jeunes africains commencent à emprunter cette voie. On voit apparaitre de nouvelles figures, plus jeunes, dans certains parlements et gouvernements, mais le chemin reste long face à des élites établies qui résistent. La jeunesse n’est pas une minorité qu’on peut marginaliser : elle est le cœur même des sociétés africaines. 

Ansri Leïla 


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