La mort de Charlie Kirk, figure de l’extrême droite américaine et fondateur de Turning Point USA, suscite autant d’émotion que de polémiques. Abattu lors d’un meeting, il est déjà présenté par ses partisans comme un martyr des idées conservatrices. Mais faut-il vraiment pleurer un homme qui a bâti sa carrière sur la défense du port d’armes, l’attaque des droits des femmes et la hiérarchisation des êtres humains selon leur couleur de peau ou leur genre ?
Le 10 septembre 2025, Charlie Kirk, fondateur de Turning Point USA, a été tué par balle lors d’un événement à l’Université du Val de l’Utah. La violence de cet acte est indiscutable. Au-delà de la tragédie individuelle se profile un risque clair de récupération : transformer un idéologue controversé en martyr d’une supposée persécution des idées de droite.
Charlie Kirk n’était pas un militant comme un autre. Défenseur acharné du port d’armes, il a promu une vision où la possession d’armes à feu devient un droit absolu, un symbole de liberté, parfois au détriment de la sécurité collective. Cette idéologie, paradoxalement, participe à la culture de la violence qui l’a tué.
Son opposition à l’avortement, au féminisme, et à toute critique des discriminations raciales, ainsi que son discours ouvertement raciste, ont contribué à marginaliser des populations déjà vulnérables. Ses prises de position ne relèvent pas de simples opinions : elles ont des conséquences concrètes sur la vie de millions de personnes, notamment sur la santé des femmes, l’égalité sociale et la sécurité des minorités.
Depuis l’annonce de sa mort, on assiste à une instrumentalisation évidente. Sur certains réseaux sociaux et dans certains médias conservateurs, Charlie Kirk est présenté comme une victime d’un complot anti-conservateur, un martyr “assassiné pour ses idées”. Ce récit simplifie et déforme la réalité : il ne s’agit pas d’une exécution ciblée contre un intellectuel menant un débat démocratique, mais d’un événement tragique inscrit dans une société où la culture des armes et la rhétorique polarisante créent un terrain de violence.
Le mythe du martyr a un effet pervers : il transforme un idéologue dont les positions étaient dangereuses en symbole d’oppression. Un mythe qui galvanise des militants et renforce la perception d’un “camp persécuté”. Là où il faudrait réfléchir aux causes profondes de la violence et aux idéologies qui la nourrissent, on assiste à la glorification d’une victime qui a contribué à l’exacerbation de cette même violence.
Il existe une tendance profondément humaine à « angeliser » les morts. Nous avons l’habitude de revendiquer un respect automatique pour la mémoire d’un défunt. Mais ce principe moral universel mérite d’être interrogé lorsque l’on parle de figures comme Charlie Kirk. Peut-on réellement exiger un respect pour la mémoire de quelqu’un qui, de son vivant, hiérarchisait les êtres humains selon leur couleur de peau, leur genre, ou leurs choix personnels ? Exiger un deuil ou une empathie universelle dans ce cas revient à inverser le sens moral : on met sur un piédestal celui qui a contribué à marginaliser et à opprimer d’autres personnes. Philosophiquement, c’est une contradiction : honorer la mémoire de quelqu’un, c’est reconnaître ses actions et ses valeurs. Or, si ces valeurs étaient profondément injustes et néfastes, le “respect” traditionnel accordé aux morts devient problématique, voire immoral. Ce paradoxe éclaire pourquoi certaines réactions de soulagement ou même de “célébration” de la mort ne sont pas nécessairement un acte de cruauté, mais une manifestation d’une justice symbolique : il s’agit de reconnaître que les victimes de ses idées n’auront plus à subir ses discours et ses actions. Cela ne glorifie pas la mort, mais rappelle que le deuil n’est pas automatique et que le respect moral doit s’accompagner d’un jugement éthique sur ce que la personne représentait réellement.

Pleurer Charlie Kirk reviendrait à légitimer son idéologie. Cette idéologie a eu un impact réel : elle a restreint les droits des femmes, renforcé la précarité de certaines minorités, et normalisé la présence des armes dans un contexte de violence. Sa mort, bien que tragique sur le plan individuel, ne doit pas effacer le mal que ses positions ont contribué à produire.
Il est également révélateur que certains soient plus choqués par la mort d’un orateur conservateur que par les milliers de personnes tuées chaque année en raison de leur couleur de peau, de leur genre ou de leur orientation sexuelle. Reconnaître ces dynamiques ne signifie pas célébrer la mort, mais comprendre pourquoi certains peuvent éprouver un soulagement ou même une forme de justice ressentie. La mort d’un idéologue comme Charlie Kirk ne mérite pas de deuil unanime. Cela rappelle le sentiment qu’avaient pu exprimer certains lors de la mort de Le Pen : non pas une satisfaction cruelle, mais une reconnaissance que la disparition d’un symbole de haine.
Ansri Leïla



