Le 10 septembre 2025, des milliers de manifestants ont défilé en France contre les politiques d’austérité, rassemblant jeunes, retraités et travailleurs. 80 000 policiers ont été déployés, faisant réfléchir : la liberté de manifester est-elle encore réelle en France ?
La France a connu une journée de mobilisation d’une ampleur inédite depuis les Gilets jaunes. Sous le mot d’ordre « Bloquons tout », des centaines de milliers de citoyens ont investi les rues pour exprimer leur colère face aux politiques d’austérité du gouvernement. Mais cette expression démocratique a été confrontée à une répression massive, soulevant une question fondamentale : peut-on encore manifester en France sans risquer sa vie ?
Selon le ministère de l’Intérieur, près de 197 000 personnes ont participé aux manifestations à travers le pays, tandis que la CGT en a comptabilisé 250 000. Face à cette mobilisation, les autorités ont déployé près de 80 000 policiers à travers le pays. Suite à ce fort déploiement, certains dénoncent une violence disproportionnée, notamment à Paris, où des incidents ont été signalés, comme un immeuble endommagé par un incendie accidentel suite à un tir de lacrymo, des gaz lacrymogènes tirés à proximité d’une école maternelle, plusieurs nasses ont enfermé des dizaines de personnes, et l’omniprésence de la BRAV-M (unité déjà controversée pour ses méthodes brutales).

La violence policière en France n’est pas une nouveauté. Elle renvoie à des épisodes douloureux : Malik Oussekine, étudiant tué en 1986 alors qu’il ne participait même pas aux manifestations étudiantes ; les Algériens massacrés à Paris le 17 octobre 1961, dans le silence d’un État répressif. Chaque génération porte ses cicatrices. Chaque génération découvre à ses dépens qu’exprimer son désaccord peut coûter un œil, une main, voire la vie. Pour notre génération, c’est un schéma tristement familier depuis le mouvement des Gilets jaunes, car la France s’est dotée d’une doctrine du maintien de l’ordre qui interroge. Cette période a causé plus de trente éborgnés, des mains arrachées, des journalistes blessés, des centaines de blessés graves à cause de la police : un bilan que même le Conseil de l’Europe a dénoncé comme « usage excessif de la force ». Et qui continue aujourd’hui, sous le quinquennat d’Emmanuel Macron, de miner la confiance dans l’État.
La Constitution française garantit le droit de manifester. Ce droit est de plus en plus mis à mal par des pratiques policières violentes et une législation restrictive. La loi sur le renseignement de 2015, la loi sur la sécurité globale de 2021 et la loi sur le séparatisme de 2022 ont renforcé les pouvoirs de surveillance et de répression, limitant ainsi les libertés fondamentales. Lorsque exercer ces droits devient dangereux, la démocratie elle-même est mise à l’épreuve. Bien sûr, la France reste une démocratie et il serait exagéré de parler de dictature ; les droits fondamentaux existent toujours et le débat public est ouvert. Mais la question n’en reste pas moins sérieuse. L’histoire nous a enseigné que les régimes autoritaires ne s’installent pas brutalement, mais s’insinuent progressivement, souvent sous prétexte de maintenir l’ordre. La répression des manifestations est l’un des signes avant-coureurs de cette dérive.

Cette journée, a mis en lumière la difficulté, voire le danger, d’exercer un droit fondamental dans un contexte de répression systématique. Face à cette situation, il est impératif de défendre et de revitaliser la démocratie, en réaffirmant le droit de manifester comme un pilier de la liberté politique.
Ansri Leïla



