En France, l’école est accessible à tous, pourtant les enfants migrants et/ou sans-abri se heurtent à de nombreux obstacles pour y accéder : domiciliation, manque de moyens, dispositifs compliqués…

Charlemagne a inventé l’école, Jules Ferry l’a rendu obligatoire et gratuite, et en 1882, c’est devenu un droit fondamental pour tous les enfants vivant sur le territoire français. La scolarisation est censée être un pilier de l’égalité républicaine. Pourtant, pour des centaines d’enfants migrants et/ou vivant dans des conditions précaires, accéder à l’école reste un parcours semé d’embûches. Entre nuits passées dans la rue, les hôtels sociaux ou les centres d’hébergement saturés, ces enfants affrontent chaque matin une réalité qui dépasse le simple apprentissage des mathématiques ou de la lecture.

Selon le baromètre d’aout 2025 d’Unicef France, 2159 enfants et adolescents sont sans domicile fixe en France (uniquement parmi ceux ayant appelé le 115 sans réponse), la majorité sont des migrants. Ces enfants vivent à la frontière entre la précarité extrême et la scolarisation, et essayent de suivre les cours malgré la fatigue, la faim et le stress permanent. L’école est alors un lieu d’obstacles et de répit, un espace où se maintenir dans un cadre structuré, même fragile.

Des dispositifs existent, mais se heurtent à de multiples obstacles

Pour soutenir ces enfants vulnérables, l’Éducation nationale a créé des dispositifs spécifiques :

  • Le CASNAV (Centre académique pour la scolarisation des nouveaux arrivants et enfants du voyage) : qui évalue les enfants de 11 à 18 ans pour les orienter vers les classes adaptées, en fonction de leur parcours scolaire et de leur maîtrise du français.
  • Les classes UPE2A (Unités pédagogiques pour enfants allophones arrivants) : des classes passerelles avec 12 heures de français intensif par semaine et préparent les élèves à rejoindre progressivement les classes « ordinaires ».
  • Les classes UPE2A-NSA (Non scolarisés antérieurement) : destinées aux enfants n’ayant jamais été scolarisés ou dont la scolarité a été interrompue, avec 18 heures de français intensif par semaine.

« Nous avions une famille qui vivait en centre en attendant la réponse de sa demande d’asile. Les enfants étaient en UPE2A et la principale adjointe du collège leur ouvrait les portes du gymnase tous les matins pour qu’ils puissent prendre une douche avant d’aller en cours. Elle avait fait une demande de fond social pour financer quelques loisirs, comme la lecture »

Hinde, CPE, Seine-Saint-Denis 

Ces dispositifs existent et offrent un cadre légal et pédagogique, mais leur efficacité dépend de facteurs très variables : ressources locales, personnel formé, places disponibles et conditions administratives. Pour les enfants de moins de 11 ans par exemple, c’est la mairie décide. Leur scolarisation en maternelle et en primaire dépend de la politique municipale. Il y a aussi beaucoup de familles qui n’ont pas d’adresse fixe, sans domiciliation, l’inscription à l’école devient très compliquée, malgré le droit légal à l’éducation. Globalement, les classes sont saturées ; les UPE2A ont des effectifs limités (30 élèves maximum, 15 pour les UPE2A-NSA) et dans les zones à forte demande comme Paris, Seine-Saint-Denis ou Val-d’Oise, il faut parfois attendre plusieurs mois ou recourir à des associations pour un suivi temporaire. Viens ensuite, le problème du manque d’enseignants et formations à l’accueil des enfants aux parcours migratoires complexes ou aux difficultés linguistiques. Le manque de ressources global dans le système éducatif limite l’accompagnement individualisé. Les dispositifs existent sur le papier, mais leur mise en œuvre reste souvent insuffisante.

Les difficultés relationnelles et stigmatisation

L’école n’est pas qu’un lieu d’apprentissage, c’est un espace social. C’est le lieu où les enfants sont confrontés à des personnes hors de leur cercle familial. Et malheureusement, parfois les enfants vulnérables font face aux moqueries ou même au rejet des autres. 

« On se moque de mes vêtements parce que ce n’est pas de la marque. J’aimerais avoir un maillot de foot, ou des survêtements Nike, mais je suis quand même content des habits que peuvent me donner mes parents.»

Ibrahim , 12 ans

« Je n’ai pas dit à mes copines que je dormais dehors avant, elles n’arriveraient pas à comprendre. »

Inah, 15 ans 

« Quand je suis arrivée à l’école en France, je ne savais pas parler français et j’étais triste que personne ne joue avec moi. » 

Linda, 9 ans 

La peur de la stigmatisation est constante chez les enfants migrants. Dans les plus petites classes, ça reste quand même plus simple. 

« Il y a quelques années, on a accueilli une fratrie Afghane en petite section. La barrière de la langue était plus un problème pour communiquer avec nous (les adultes). On leur avait mis un classeur avec des pictogrammes qu’ils nous montraient pour pouvoir se comprendre. Entre enfants, ils ont naturellement joué et communiqué tous ensemble. La scolarité a toujours un effet positif sur un enfant migrant » Nina,

Nina, enseignante, Val d’Oise 

L’école comme îlot de stabilité

L’école offre un refuge et un rythme structurant. Elle incarne une continuité là où tout le reste est incertain : un lieu où on retrouve les mêmes visages tous les jours, des règles claires, des horaires fixes et de quoi se nourrir. Dans de nombreux établissements, ce sont les équipes éducatives qui maintiennent ces enfants dans le système scolaire en allant parfois au-delà de leurs missions académiques. Certains organisent des collectes de vêtements, de jouets ou de fournitures scolaires ; distribuent de la nourriture ; prennent en charge les repas ou le matériel pour les sorties. Nicolas, enseignant à Marseille, à décider de ne plus donner de devoirs à la maison depuis qu’il a eu un enfant qui vivait en foyer avec sa famille. C’est là qu’il a pris conscience que les conditions matérielles ne permettent pas toujours de travailler en dehors de l’école. 

« On ne peut qu’imaginer les difficultés qu’ils rencontrent quand ils ne sont pas avec nous, mon rôle, c’est de faire en sorte que quand ils sont à l’école ça doit des vrais enfants » 

Nicolas, enseignant, Bouches-du-Rhône

L’école apparaît comme un pilier essentiel pour les enfants migrants et sans-abri : elle leur offre un cadre, des repères, des amitiés, et parfois même des gestes de solidarité qui leur permettent de tenir. Mais ce pilier est fragile. Car derrière les belles intentions, la réalité est celle d’un système éducatif sous tension permanente, manquant de moyens, de formation et de personnel pour accompagner ces publics vulnérables.

Ansri Leïla 


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