Moins d’un mois après que la France ait été condamnée par la Cour européenne des droits de l’homme pour avoir pratiqué des contrôles d’identité discriminatoires,
 un nouveau scandale éclate.

Le 26 juin 2025, la Cour européenne des droits de l’Hommes (CEDH) a condamnée la France pour un contrôle d’identité discriminatoire envers Karim TOUIL, qui avait subi trois contrôles en dix jours en 2011 sans « justification objective et raisonnable ».
 Plus de 10 ans après le dépôt de plainte, c’est une décision historique car c’est la première condamnation de la France pour profilage racial.

Ce Lundi 14 Juillet, Aly 17 ans, racontait son agression par des policiers du Val-d’Oise. Le parquet de Pontoise décide alors de l’ouverture d’une information judiciaire pour des chefs de violence par personnes dépositaires de l’autorité.
Identifiés, placés en GAV et mis en examen, les 4 policiers sont maintenant sous contrôle judiciaire avec interdiction d’exercice, de contact et obligation de pointer chaque semaine en attendant la suite de l’enquête.

Cependant, les réelles condamnations se font rares : moins de 2% des enquêtes IGP débouchent sur une condamnation pénale ferme. 

Nombreux sont ceux qui diront que chaque affaire est « complexe ». Que derrière chaque coup de matraque ou de tir mortel, il y aurait toujours un contexte : refus d’obtempérer, une bousculade, une tension, un geste mal interprété.

Mais cette rhétorique repose sur un mot que l’on utilise pour dissoudre la responsabilité : “bavure”. 

Un mot qui transforme un crime d’État en erreur humaine. Une bavure est une exception. Mais ce qui revient encore, qui vise les mêmes profils, qui tue les mêmes corps, ce n’est plus une exception : c’est une mécanique.

Parler de “bavure” permet d’éviter d’interroger l’institution policière elle-même. Cela permet de dire que c’est un “mauvais policier”, un “geste disproportionné” jamais un système. Pourtant elles sont la conséquence directe d’un ordre social qui classe les citoyens, qui protège certains, et qui écrase les autres.

Les violences policières en France suivent une logique précise. Elles s’abattent quasi exclusivement sur des jeunes racisés, issus des classes populaires. Elles sont accompagnées d’un discours médiatique, politique et judiciaire qui justifie, minimise ou renverse les rôles. Et s’inscrivent dans une histoire longue, souvent effacée, toujours minimisée. 

Le 17 octobre 1961, en pleine guerre d’Algérie, des milliers d’Algériens manifestent pacifiquement à Paris contre le couvre-feu. Ce soir-là plus de 200 personnes ont été tuées et jetées dans la Seine. Jusqu’en 2012, l’État a nié cette répression de masse qui fut l’un des crimes les plus graves commis sur le sol français d’après-guerre, orchestré par les autorités elles-mêmes.

Vingt-cinq ans plus tard, en 1986, Malik Oussekine, 22 ans, étudiant, est poursuivi et battu à mort par une brigade motorisée dans le hall d’un immeuble du Quartier Latin. Deux moments parmi d’autres qui rappellent que la violence d’État en France à des racines profondes, qu’elle s’abat toujours sur les mêmes corps, qu’elle ne date pas d’hier, et qu’elle est structurelle.

Plus récemment, Théo, violé à la matraque. 

Adama Traoré, mort entre les mains de la gendarmerie. 

Nahel, tué à bout portant pour un refus d’obtempérer.

Et que dire des autres victimes dont les familles n’ont obtenu ni justice ni vérité. On demande aux familles de rester dignes. On leur nie même le droit à la colère.

Et pendant ce temps, ceux qui devraient nous protéger n’assument pas leurs responsabilités les plus élémentaires. La police sélectionne les urgences. Elle hiérarchise les vies.

Le scandale ne réside pas dans l’existence de ces affaires, mais dans leur répétition.

Comme Zyed et Bouna, retenir les noms, les dates, les verdicts… permet de former une archive vivante de l’impunité.
 Parce qu’à défaut de vérité judiciaire, il reste la mémoire comme preuve, la colère comme dossier, la parole comme dernier rempart.


Nommer, écrire, partager : c’est refuser le silence qu’on voudrait nous imposer. C’est rappeler que derrière chaque contrôle au faciès, chaque coup, chaque tir mortel, il y a un corps, une famille, un quartier, et une question qu’on pose à l’Etat : jusqu’où ?

Et tant que la peur restera dans notre camp, il faudra continuer à raconter et graver la mémoire.

Yasmine KETTAL

Leila ANSRI


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