Aya Nakamura, Ebony, Rachida Dati, Meghan Markle et bien d’autres encore font partie de ces femmes racisées qui subissent des critiques dépassant largement celles adressées à leurs homologues blanches. Leur confiance, leur réussite et leur assurance sont très souvent perçues comme une menace et deviennent des provocations dans l’espace public et médiatique. Ce schéma récurrent révèle une injustice flagrante : on leur demande de “rester à leur place”.
Trop confiantes, trop agressives, ou encore « menaçantes », elles font l’objet de critiques qui dépassent largement celles réservées à leurs homologues blanches. Voici quelques exemples :
Aya Nakamura : du succès à l’arrogance

Aya Nakamura est une star internationale de la musique, pourtant, son assurance est régulièrement jugée comme de l’arrogance. Là où d’autres artistes bénéficient d’une admiration unanime, la chanteuse est attaquée pour son franc-parler, son style, et même ses choix personnels. Ce dénigrement reflète une dynamique troublante : on demande implicitement aux femmes issues des minorités de ne pas trop briller, comme si elles devaient s’excuser d’être là. Leur assurance est perçue comme une provocation, leur réussite comme un défi adressé à une norme invisible.
Ebony (Star Academy) : critiquée pour sa confiance en elle

Ebony, finaliste talentueuse de la dernière saison de la Star Academy, a été la cible d’un dénigrement massif sur les réseaux sociaux. Ces critiques se concentrent principalement sur sa confiance en son talent. Beaucoup la qualifient de « prétentieuse », alors qu’elle ne fait que reconnaître ses compétences et affirmer sa valeur. Le problème ici n’est pas seulement que certains spectateurs n’apprécient pas sa personnalité, mais bien que les raisons soient profondément racistes.
Inès Reg : une altercation transformée en scandale

La comédienne, Inès Reg, a été impliquée dans une altercation avec Natasha St-Pier lors de Danse avec les stars. Natasha St-Pier a déposé plainte contre Inès Reg, affirmant avoir été menacée. Quand les faits ont été éclaircis, il est apparu que Natasha St-Pier avait été la seule à avoir tenu des propos injurieux envers Inès Reg (qu’elle a justifié comme étant “une plaisanterie”). Ce raisonnement repose sur une peur irrationnelle largement nourrie par des stéréotypes raciaux : l’idée que les femmes maghrébines ou noires seraient naturellement violentes ou incontrôlables.
Rachida Dati : une autorité perçue comme une menace

Rachida Dati, femme politique, bien que l’on puisse ne pas partager ses opinions politiques, notamment ses actions et déclarations en tant que ministre de la Justice sous Sarkozy, il est difficile de ne pas reconnaître le traitement médiatique. Qualifiée à plusieurs reprises d’ »autoritaire », là où ses homologues masculins sont célébrés pour leur leadership, Dati est présentée comme trop dure, presque agressive, comme si son ascension brisait un ordre établi. Les médias ont ramené le passé judiciaire de ses frères. Rachida Dati a souvent dû répondre de faits qui ne relevaient pas de sa responsabilité. Cette pression constante illustre un double standard flagrant, où une femme racisée doit travailler deux fois plus pour prouver sa légitimité, tout en étant constamment ramenée à ses « origines ».
Serena Williams : la femme noire « enragée »

Lors de l’US Open 2018, Serena Williams a protesté contre une décision arbitrale. Sa réaction a été qualifiée d’ »hystérique » et d’ »agressive », et un dessin de presse l’a caricaturée sous les traits d’une femme noire en furie. Ces attaques révèlent la difficulté des femmes noires à exprimer leur colère ou leur désaccord sans être stigmatisées.
Meghan Markle : des attaques raciales déguisées en critiques médiatiques

Le traitement médiatique de Meghan Markle est peut-être l’exemple le plus flagrant de cette dynamique. L’épouse du prince Harry a été comparée de manière incessante à Kate Middleton, sa belle-sœur, et toujours de manière défavorable. Ces critiques, souvent banales en surface, dissimulaient mal leur racisme. Là où Kate était présentée comme une femme gracieuse et respectueuse des traditions royales, Meghan était critiquée pour son « non-respect des règles », son influence supposée sur Harry, et même pour des détails insignifiants comme la manière dont elle portait son bébé. Meghan Markle est devenue un symbole des défis auxquels font face les femmes de couleur lorsqu’elles entrent dans des espaces dominés par des dynamiques de pouvoir profondément enraciner dans le privilège blanc.

Les exemples de dénigrement médiatique de femmes issues des minorités (qui portent déjà le poids des stéréotypes raciaux) montrent un schéma clair : leur succès et leur assurance ont vécu comme une provocation. Elles doivent être discrètes pour ne pas être perçues comme arrogantes, passives pour ne pas être jugées menaçantes. Leur simple présence dans des espaces médiatiques ou institutionnels semble nécessiter une justification.
Ansri Leïla




