Aujourd’hui, on décrypte la dernière trend sur les réseaux : la méthode Montessori. Souvent perçue comme une méthode réservée aux élites, la pédagogie Montessori repose sur des principes universels qui, bien avant d’être théorisés, étaient déjà appliqués par des communautés précaires et racisées. Par nécessité, ces pratiques d’autonomie et d’apprentissage par l’environnement se sont développées naturellement, loin des salles de classe épurées.

Récemment, sur les réseaux sociaux et notamment TikTok, une méthode d’éducation, la pédagogie Montessori a fait le buzz. C’est suite à la publication de plusieurs vidéos, ayant cumulé de nombreuses vues, par une utilisatrice Tiktok (@moharmelle) expliquant comment elle applique cette approche pour éduquer son enfant, que le débat en ligne a vu le jour.

Si certains se sont montrés intrigués par cette méthode, d’autres n’ont pas manqué de la tourner en dérision.

Au-delà des polémiques, que sait-on réellement de la pédagogie Montessori ? 

Maria Montessori, l’initiatrice de la méthode, ouvre une première « Maison des Enfants » dans le quartier populaire de San Lorenzo à Rome en 1907. Dans ses classes : peu de meubles, des matériaux pédagogiques simples faits à la main, un espace épuré permettant une grande liberté de mouvement et d’initiative. Pourtant, bien avant qu’elle ne formalise ces concepts, de nombreuses communautés racisées, particulièrement dans des contextes de précarité ou d’exclusion systémique, appliquaient ces principes par nécessité et ingéniosité face à la précarité.

Contrairement aux normes contemporaines d’hyper-parentalité dans les familles aisées, où les enfants sont surprotégés ou encadrés de manière excessive, les familles racisées aux ressources limitées ne pouvaient pas se permettre une telle approche.

Dans les foyers où les adultes étaient pris par des emplois multiples ou précaires, les enfants étaient souvent laissés à eux-mêmes pour explorer leur environnement. Cette autonomie forcée, due au manque de supervision constante, a paradoxalement permis aux enfants de développer une motricité libre et des compétences naturelles d’adaptation à leur environnement.

L’absence de jouets industriels dans les foyers défavorisés obligeait les enfants à improviser des jeux avec des objets du quotidien, stimulant leur motricité fine et leur créativité. Ces pratiques, loin d’être perçues comme éducatives à l’époque, sont aujourd’hui valorisées pour leur contribution au développement moteur et cognitif.

Dans de nombreuses cultures, la contribution des enfants aux responsabilités domestiques était non seulement encouragée, mais nécessaire pour la survie de la famille. Les enfants sont responsabilisés très tôt pour des tâches comme préparer des repas simples, entretenir la maison.

Ces pratiques éducatives ont été longtemps stigmatisées ou perçues comme des marques de négligence parentale, mais leur reconnaissance en tant qu’idéaux pédagogiques n’a eu lieu que lorsqu’ils ont été adoptés et théorisés par des figures occidentales.

Le détournement par les classes bourgeoises

À partir des années 1910, Montessori commence à se faire connaître à l’international, et sa méthode est progressivement exportée dans des écoles privées et des établissements éducatifs destinés aux enfants des classes supérieures. Au lieu de valoriser l’indépendance et l’autonomie de l’enfant dans des environnements modestes, ces classes supérieures ont transformé Montessori en un modèle d’écoles avec des équipements coûteux, des espaces soigneusement décorés et des enseignants formés dans des institutions prestigieuses. L’image de la méthode est ainsi déconnectée de ses racines populaires et de son objectif initial : offrir une éducation égalitaire et inclusive.

Ansri Leïla, Kettal Yasmine


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