Quand Miss France 2025 est mise face à des questions inédites et des attentes démesurées. Pourquoi certaines doivent-elles encore prouver leur place et leur compatibilité avec les valeurs républicaines, là où d’autres en sont dispensées ?
Lors de son passage sur Sud Radio, Miss France 2025, une des seules femmes noire à avoir remporté le prestigieux concours, a été confrontée à une question inattendue et politiquement lourde : « Êtes-vous Charlie ? ».
L’interrogatoire moral adressé à Miss France 2025 semble contraster avec les interviews de ses prédécesseurs, majoritairement blanches, qui ont rarement été invitées à s’exprimer sur des sujets aussi clivants. Elles ont plutôt pour habitude de faire face à un traitement médiatique centré sur des banalités: leur couleur préférée, leur film préféré ou leurs rêves de voyage…
Mais voilà qu’une jeune femme noire, rompant avec les codes historiques du concours, se retrouve sommée de se positionner sur une question politique hautement symbolique.
Rappelons que 10 minutes à peine après son élection, Miss France essuyait déjà une vague de racisme et de harcèlement sur les réseaux sociaux, Miss France 2025 était aussi déjà plus scrutée que ses aînées, avec des attentes beaucoup plus grandes. En raison de son apparence, elle semble devoir prouver sa « compatibilité » avec les valeurs républicaines, tandis que ses prédécesseures n’ont jamais eu à justifier leur place en tant que symbole de la France.Ce double standard, toujours plus exigeant, souligne la persistance d’une discrimination subtile, mais bien réelle.
C’est pourtant sans attendre que la Miss s’est emparée de ses plateformes de communication pour revenir sur la polémique naissante.

Mais trop tard…
Sa réponse et son choix de s’abstenir étaient déjà repris, critiqués et souvent transformés, confirmant qu’elle « n’était pas Charlie » occultant complètement son devoir de neutralité, bien connu des journalistes ; et entraînant rapidement après la réponse du journal Charlie Hebdo.
« Être Charlie », pour beaucoup, c’est défendre la liberté d’expression. Mais cela ne signifie pas pour autant adhérer à l’ensemble des contenus publiés par Charlie Hebdo. Certains dessins, comme celui publié récemment lors du procès de Gisèle Pelicot ont provoqué une vague d’indignations, même parmi les « non-croyants ».
Mais peut-on être en faveur de la liberté d’expression tout en se sentant blessé par certaines formes d’humour ? Absolument. Cela ne fait pas de ces personnes des ennemis de la liberté d’expression ; elles revendiquent simplement le droit de ne pas adhérer à un humour qu’elles considèrent blessant.
Une injonction discriminante
Revenons enfin à Miss France 2025. Lui poser une question telle que « Êtes-vous Charlie ? », c’est l’obliger à se justifier, à prouver qu’elle est « compatible » avec les valeurs républicaines. Cette démarche révèle un double standard : être noire ou issue d’une minorité, c’est devoir passer des tests identitaires auxquels les autres échappent. Ce traitement inégal souligne une discrimination insidieuse qui persiste même dans des sphères supposées neutres.
Ansri Leïla, Kettal Yasmine




