Lors de son discours à la Conférence des Ambassadrices et Ambassadeurs ce lundi 6 janvier, le président ne semble pas vouloir se détacher de sa vision paternaliste des relations internationales. Bien qu’il affirme que ces dernières années ont permis à la France de reconnaître son passé coloniale, ses propos semblent tout de même rejeter complètement des relations égalitaires avec les pays africains qualifiés « d’ingrats ». À l’aube des 2025, ne serait-ce pas le moment de reconnaître que ces pays d’Afrique n’ont jamais eu besoin qu’on leur « offre » leur souveraineté, mais qu’ils l’ont arrachée eux-mêmes, souvent au prix de lourds sacrifices ?
Certains responsables politiques et figures publiques françaises affirment que la colonisation aurait apporté des « bienfaits » aux pays africains. Ces affirmations sont historiquement biaisées et perpétuent un discours impérialiste qui réduit les pays africains à des rôles de subordonnés devant gratitude et loyauté à leur ancien colonisateur.
Une gratitude imposée : l’inversion des responsabilités
L’un des aspects les plus problématiques de ce discours réside dans l’idée que les pays africains devraient être reconnaissants envers la France pour son passé colonial. Cette inversion des responsabilités transforme les oppresseurs d’hier en bienfaiteurs, et les victimes en débiteurs. L’Afrique est souvent invitée à remercier la France pour un passé qui l’a pourtant appauvrie et exploitée N’oublions pas la dette imposée à Haïti après son indépendance en 1804, pour « rembourser » les pertes économiques des colons français.
Il est impératif d’adopter une lecture honnête de l’histoire coloniale. Cela implique : de reconnaitre les massacres, pillages, esclavage et acculturation de la colonisation ; de démanteler les structures néocoloniales comme le franc CFA ou les interventions militaires intéressées ; de valoriser les savoirs et initiatives africaines ; et surtout de faire preuve d’humilité.
Le mythe des bienfaits de la colonisation
Le discours selon lequel la colonisation aurait eu des « aspects positifs » repose souvent sur des arguments liés à la modernisation de certaines infrastructures (qui servaient aux intérêts économiques des puissances coloniales) ou à la mise en place d’institutions éducatives et administratives (destinés à une élite restreinte, formée pour servir les intérêts de l’administration coloniale). Cette vision réductrice et partiale occulte les réalités brutales de la colonisation : exploitation économique, pillage des ressources naturelles, déshumanisation des populations locales, violences systémiques et destruction des structures sociales et culturelles indigènes.
Le poids du paternalisme dans les relations franco-africaines
Ici, Emmanuel Macron justifie les interventions militaires françaises, justifiées au nom de la lutte contre le terrorisme ou du maintien de la stabilité (comme au Mali, en Côte d’Ivoire ou en République centrafricaine). Elles renforcent l’idée que l’Afrique ne peut résoudre ses problèmes sans l’aide de la France. C’est pareil du côté économique avec le contrôle du franc CFA, les réseaux d’influence politique et économique, et la domination des grandes entreprises françaises sur les ressources naturelles africaines. La France continue de profiter des richesses africaines, tout en exigeant de la reconnaissance.
Ansri Leïla




